Eliette Abecassis, Laclos en story Insta

Il y a trois ans, à force d’observer ses enfants, Eliette Abecassis commençait à s’intéresser à l’univers du réseau social le plus populaire du moment, Instagram. Aujourd’hui, elle sort Instagrammable, un livre où l’on retrouve les doubles des héros de Laclos à l’ère du like. 

À l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles, l’autrice a discuté de son ouvrage avec Elisa Brevet le 12 mai dernier.

Quand Eliette Abecassis découvre tout le mal insidieux le monde parfait des images cache, elle y voit un certain potentiel romanesque. Pas de thèse sur le sujet, la romancière veut décrire pas décréter : les photos de filles aux bikinis échancrés, les cartes postales numériques de destinations paradisiaques, les portraits bien léchés et les plats alléchants.

Le bonheur affiché qui cache tout l’éventail des jalousies. Le thème lui rappelle Les Liaisons dangereuses, alors elle relit Laclos et se rend compte à quel point il reste actuel. Elle décide d’en extraire les personnages pour les installer dans son roman, à une époque où être en possession d’un smartphone doté des applications de réseaux sociaux rend presqu’inévitablement addict et t influençable. Il y a ce que ça prend, le temps et l’énergie. La paresse mentale que ça engendre, ce réflexe de sortir l’Iphone et de tapoter sur Google dès le moindre trou de mémoire, au lieu de chercher dans  son moteur de recherche interne, en passe d’être révolu,: le cerveau. Il y a aussi ce que l’on perd, la disparition de l’ennui fécond d’où naît l’envie de créer, de communiquer  réellement avec les siens. Pour ne pas se faire dévorer par le feed, Eliette Abecassis s’impose les dîners sans téléphone et un jour de déconnexion par semaine. Chez les plus jeunes, le contrôle parental sur le téléphone lui semble inévitable, sans quoi cela revient à « les laisser se balader à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit dans des quartiers avec de la sexualité, et de la violence ».

Et surtout, il faut continuer à lire, beaucoup. La lecture comme l’un des derniers remparts de protection de l’imaginaire,  « lire aujourd’hui, c’est ce qui permet d’arrêter de subir le flot d’images de nos vies quotidiennes ». 

Pour autant, l’écrivaine « adore la modernité, adore les réseaux sociaux » et n’est pas loin du statut d’influenceuse avec ses 3 800 abonnés Instagram. Elle ne veut surtout entrer en guerre intergénérationelle avec les plus jeunes. D’ailleurs sa fille adolescente a relu son livre et a corrigé ce qui sonnait faux.

Le compte Instagram qu’il faut absolument suivre selon Eliette Abecassis? @agathe.the.book, et, de manière plus générale tou.tes les bookstagrammers.euses. Alors même si, comme l’écrivait Laclos,  « on s’ennuie de tout » la littérature a encore de beaux jours devant elle. 

Milena de Bellefroid

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